Alors en fait, au début, je voulais intituler cet article "Swing low sweet charriott" et j'ai eu la mauvaise idée de poser la question à un ami car j'hésitais avec "It don't mean a thing if it ain't got that swing" et il m'a conforté dans ma thèse le salaud !
Ça ne veut donc rien dire s'il n'y a pas ce swing... Ok mais encore ?
Tout cela va encore nous ramener aux origines du Jazz, la musique des esclaves émancipés. Soyons bien clair, je n'en sais fichtre rien de ce qui composait la théorie rythmique des esclaves emmenés de force aux États-Unis. Ce que je sais en revanche, c'est que les musiques traditionnelles africaines utilisent avec surabondance des rythmes syncopés, de polyrythmie et de longs continuums rythmiques plutôt que des mesures.
Alors qu'est-ce qu'une syncope ?
"Une syncope est un symptôme consistant en une perte de connaissance, le plus souvent brève..." Ha non désolé, je me suis trompé de page.
Voilà qui est mieux :"Dans le solfège rythmique, on appelle syncope une note attaquée sur un temps faible et prolongée sur le temps suivant."
En gros c'est une sorte de prise de respiration décalée. Là où vous vous attendiez à : 'PAN PAN PAN PAN", vous aurez plutôt "PAN PaAaaaan PAN"
La polyrythmie c'est le fait de combiner plusieurs rythmes, a priori incompatibles, à savoir, par exemple, une mesure à trois temps avec une mesure à deux temps. Et comment on fait pour rendre ça possible ? N'oublions pas que la musique est très liée aux mathématiques et que comme tout bon mathématicien nous savons que 3x4=12 mais que 4x3=12 ! Et ouais !! Donc si cela n'est pas possible sur une mesure cela le sera sur un cycle de mesures.
Les continuums c'est ce que la musique classique appellerait des ostinatis (ostinato au singulier) c'est à dire un cycle souvent répétitif, un motif qui se répète.
Le Jazz à mis longtemps à devenir le Jazz et il est issu de multiples courants et styles différents. On y trouvait le ragtime, le blues, les negro spirituals, le gospel, les labor songs....
Les mathématiques nous rappellent à l'ordre encore une fois. Voici les données du problème.
Soit une pomme (oui, une orange ça marche aussi) que vous tranchez avec un seul coup de couteau ? Combien obtenez-vous de morceaux ? 2
Soit une autre pomme (ou une autre orange, oui) que vous tranchez en deux coups de couteau, combien obtenez-vous de morceaux ? 3.
Alors quelques petits malins dirons : " et si on coupe les deux morceaux obtenus en même temps on obtient 4 morceaux ! Hé !!" Bah ouais mais ça ne retire en rien la propriété démontrée ici : on ne peut découper que par 2 ou 3 ou leurs multiples !
Et si nous revenons à la musique c'est particulièrement intéressant. Un temps (un battement en gros) peut être divisé en deux ou en trois. Vous aurez donc soit un rythme binaire (les fanfares) soit un rythme ternaire (une valse).
Revenons à nos petit amis les Jazzman, même si à l'époque on ne les appelait pas encore comme ça.
Si vous prenez une mesure à 4 temps, la plus courante de toutes, très largement, chaque temps est divisible par deux ou par trois. En binaire : "PAN PAN", en ternaire : "PAN pan pan". Eh bien on sait pas trop pourquoi mais les jazzmen on choisit d'être ternaires... Ouais... Comme ça. Nous pensons qu'il y a de fortes chances que cette fâcheuse tendance à faire de la polyrythmie a certainement joué un rôle.
Sauf qu'entre temps, ceux à qui on avait appris à lire et donc écrire des partitions ont oublié un petit détail ....Ils ont continué à écrire de façon binaire un rythme ternaire. Si vous divisez une noire, soit un temps, en deux, vous obtenez deux croches. Si vous le faites en ternaire vous obtenez trois croches. Et donc... Et bah donc, par convention, lorsque vous écrivez deux croches en jazz elles valent en fait trois croches... Soit une croche plus longue que l'autre ... Et débrouille toi avec ça ! Oui,oui, tout a fait, le jazzman est blagueur.
Un autre fait rythmique un brin étrange : les temps forts et les temps faibles. Sur une mesure à 4 temps, toute bête, vous avez deux temps forts et deux temps faibles. Les temps forts sont le premier et le troisième, les temps faibles, le deuxième et quatrième. Et là, vous devriez déjà avoir deviné ce qui va se passer dans le Jazz... Et oui ! Les temps forts et faibles sont inversés ! Donc on a, en musique classique et en Rock par exemple : "PAN pan PAN pan" en Jazz : "pan PAN pan PAN"... Et c'est ce qui fait parfois hurler certains Jazzmen lors de concerts : 85% des spectateurs, emportés par l'enthousiasme provoqué par le Swing battent la mesure à l'envers. Ce sont de grands professionnels, ils savent garder leur tempo, mais il faut avouer que ça rend la tâche particulièrement difficile ! J'ai une fois assisté, comme tous les ans au festival de Marciac, à la grand-messe, a savoir le concert de Wynton Marsalis, et le voir haranguer la foule en montrant quand taper dans les mains... Peine perdue Wynton, joue en binaire. Et cette référence n'est pas due au hasard. Wynton est né à la Nouvelle Orléans, ce melting pot où les orchestres de rue allaient créer une fusion qui amènerait au Jazz.
Toutes ces influences rythmiques, africaines, européennes, carribéennes allaient donc créer ce fameux swing, cette drôle de pulsation, fragile, instable, souvent concurrencée volontairement par des rythmes binaires en contrepoint, ce balancement chaloupé qui donne une saveur toute particulière au Jazz. Et on retrouve d'ailleurs ce terme de swing dans d'autres domaines. Le swing du golfeur, soit un puissant mouvement de pendule qui donnera de la distance à la balle... Mince, encore un Hook... C'est donc bien un balancement, donc mon premièr titre n'était pas si mal ! N'en déplaise à de vils amis...
Wynton Marsalis à composé la musique d'un biopic et à très souvent cité celui qu'il considère comme le père du Jazz, celui qui aurait réussi "la fusion". Il fut considéré comme le roi de la musique syncopée (King of syncopated music), avec son groupe du tout début du XXieme siècle. Son nom : Buddy Bolden. Mais nous en reparlerons plus tard. Je vous laisse donc sur les mesures ternaires et syncopées, en balancement inversé de "It don't mean a thing if ain't got that swing" Doo wap Doo wap Doo wap ...

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